Classé dans : Groupe 04 (A. Ibnolmobarak / M. Rhein / F. Carrot / G. Richaud)
Implantation d’un « plug-Rungis » dans l’aéroport d’Orly.
Description du plug : une structure “posée” dans l’aéroport ; on y propose des sandwichs et des repas chauds préparés à partir des produits vendus à Rungis. Il fonctionne comme un « reflet » des denrées proposées sur le marché (un jour des huîtres, le lendemain des bavettes de charolais…Chaque jour un menu différent.).
Le point de départ de notre réflexion est un fait concret reliant ces deux pôles : l’usine d’incinération du marché de Rungis transfère une partie de la chaleur produite vers l’aéroport. Nous avons voulu matérialiser d’avantage cette liaison en choisissant la nourriture comme porte d’entrée.
Le marché et l’aéroport sont deux pôles (ou « îles ») nocturnes : Rungis est ouvert de 2h à 11h du matin ; quant à l’aéroport, malgré une activité nocturne réduite (maintenance, très peu de vols), il est ouvert 24h sur 24h (c’est donc un pôle à la fois diurne et nocturne).
Dans son article sur « la Ville Générique », Rem Koolhaas affirme que les aéroports sont « une énergique démonstration de parfums ; les posters, la végétation, les costumes régionaux donnent une première bouffée concentrée de l’identité locale (parfois, c’est la dernière) ».
L’image parisienne véhiculée par Orly est proche du cliché, bien loin du « Paris réel ». Les tours eiffels qui fleurissent sur tous les objets souvenirs pourraient côtoyer un « morceau » de Rungis pour donner une image plus métropolitaine de la capitale et ne pas limiter son identité à son simple centre historique.
L’aéroport est à la fois une image de la ville qu’il dessert et une ville en-soi (avec ses équipements, ses services, ses commerces, ses points de ravitaillement…). Cette « ville » est connectée à l’espace monde ; ses usagers appartiennent à un espace-temps particulier : ils peuvent avoir envie de manger à n’importe quelle heure en raison du décalage horaire.
Or l’aéroport d’Orly manque cruellement de points-nourriture au milieu de la nuit. Ils sont alignés sur les horaires de repas français (difficile d’obtenir un jambon-beurre à 6h du matin heure française – 13h heure chinoise, et ne parlons pas d’un repas chaud…).
Un plug-Rungis permettrait aux employés et aux quelques voyageurs noctambules de se sustenter sans difficultés. Il serait aligné sur les horaires du marché de Rungis et viendrait combler un manque en accueillant les « affamés déphasés».
De plus, nous avons remarqué que le Marché de Rungis était difficile d’accès pour les gens n’y travaillant pas : sans parler des horaires, l’espace n’est pas conçu pour les piétons et incite peu à l’exploration, on ne peut acheter de nourriture sans une carte de professionnel… Le Marché organise des visites mais elles sont mensuelles, sur réservation et à un tarif très élevé, ce qui n’en donne pas l’accès au plus grand nombre. On est donc confronté à la situation suivante : tout le monde en a entendu parler mais personne ne l’a visité.
Le plug serait situé à Orly, un espace conçu pour l’accueil, relié au RER. Il offrirait donc un accès facilité au monde de Rungis (principalement à travers ses denrées ; mais il faudrait également essayer de créer une « impression » proche de celle que nous avons ressentie lors de nos sorties nocturnes : linéarité des étalages de produits frais, organisation pour l’efficacité, addition de morceaux de terroir… Prendre un repas dans ce plug serait une sorte d’expérience du marché.)
Le Concept :
Résultat :
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Le second parcours
Les Photos
Nous quittons le centre de Paris, Châtelet, pour rejoindre celui de Rungis. L’agitation automobile fera bientôt place à celle des poids lourds.
Deux lieux, deux ambiances, deux rythmes… Entre ces deux îlots nous traversons une périphérie quelque peu endormie dans la torpeur de décembre… décidément le contraste est saisissant.
Un détail peut-être pour le commun des rungissois. Pour nous, simples parisiens en vadrouille, ce genre de panneau impose le respect.
La Brasserie Idéale
Des néons, criards dans la nuit, semblent vouloir nous inciter à franchir les portes des lieux… A l’intérieur, des sièges confortables, de la chaleur, un doux parfum de sauce béarnaise à 4h du mat’, dehors un vaste parking pour accueillir tout les affamés en détresse de la région. Ce coin est vraiment chouette…
Des lumières blafardes pour marquer cet énorme bloc. Personne à l’horizon, juste de la fumée qui s’échappe d’une haute cheminée… Et l’impression que tout ceci a une vie propre, besoin de personne, pas même du moindre humain pour faire fonctionner. Le règne de la machine aux portes de Paris…
Les habitudes s’inversent. Il est 4h du matin, et pourtant l’une des seules sources de lumière vient du ciel, tandis que le sol se complait dans un noir insondable… Une paire de phares, mine de rien, pour nous rappeler que nous ne sommes qu’à quelques dizaines de mètres de l’agitation rungissoise.
Terre de contrastes ; Rungis nous prouve une fois de plus à quel point il est capable du meilleur comme du pire. Près des voies de chemin de fers, c’est le désert total, le marasme intrinsèque, la quintessence du désarroi. En bref, on se régale…
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23h30 : Départ de la gare RER François Mitterrand à bord de la ligne C en direction du Pont de Rungis. La gare est très peu fréquentée, idem pour la rame. Nos rares compagnons de wagon ont l’air de regagner leurs pénates pour certains, de commencer leur « journée » de travail pour d’autres. Le paysage qui défile consiste en de vastes étendues d’obscurité au milieu desquelles émergent des îlots de lumière notamment en bordure du chemin de fer. Hangars, entrepôts, gares de triages, gares, sont les ultimes bastions de lumière à l’heure du départ.
00h12 : Arrivée à la gare du Pont de Rungis. Nous sommes seuls à descendre à cette gare, au dehors une navette pour l’aéroport d’Orly attend des passagers, les agents de la RATP font salon dans le guichet. Nous décidons de rejoindre l’aéroport d’Orly à pied. Sur le trajet nous longeons hangars, entrepôts et parkings pour la plupart propriétés d’Air France. Les lumières sont allumées mais ces espaces semblent déserts. Les parkings déroulent leur étendue quadrillée, inoccupée, éclairée à perte. Pour l’instant la route est aussi régulièrement éclairée. Le trafic est continu, quelques voitures immatriculées « 94 », quelques semi-remorques, et un cycliste du cru (« wesh »…). Les piétons sont quasi absents, excepté la jeune femme promenant son chien.
01h10 : Avenue de l’aviation, nous avons quitté hangars parkings et entrepôts pour le talus longeant l’aéroport d’Orly. La voie n’est plus éclairée et semble plus rapide que la route que nous longions auparavant. Montés sur le talus, nous observons l’aéroport. Aucun agent d’entretien, les avions sont stationnés dans les hangars…
01h36 : Nous poursuivons notre chemin vers la ville d’Orly. Nous avons quitté l’aéroport que remplacent maintenant des frigos – grands entrepôts devant lesquels stationnent une dizaine de semi-remorques inoccupés.
Une centaine de mètres plus loin, changement de décor, nous longeons les premiers pavillons d’habitation d’Orly. Pas une seule lumière n’y signale de l’activité. Ces habitations affichent un style allant de l’éclectisme régional le plus hasardeux au syndrome du nain de jardin le plus proliférant.
Le terrain est accidenté.
Nous progressons vers le centre ville sans toutefois rencontrer âme qui vive. Nous nous efforçons de récolter quelques clichés hauts en couleur avant d’atteindre la gare.
02h00 : La gare ferme. Le maître-chien sécurise les accès et rejoint sa voiture. Le bus ne passe plus, le Noctilien ne passera pas. Nous nous redirigeons donc vers Rungis, toujours à pied, mais cette fois-ci c’est le marché international que nous espérons atteindre. Nous essayons tant bien que mal de longer les voies ferrées mais le tracé des voies nous rabat inexorablement vers Orly l’inerte.
02h36 : arrivée à la hauteur d’une zone d’activité secondaire. Les entrepôts (frigos ?) commencent à ouvrir leurs grilles électriques et les projecteurs inondent le bitume de leur clarté glaciale. A quelques mètres, des semi-remorques remplissent l’atmosphère des bruits de leurs moteurs tournant à l’arrêt, de leur signal marche arrière, du bourdonnement de leurs réfrigérateurs et de leurs effluves d’échappement. Un peu plus loin une enseigne Président nous rappelle que le dîner est très loin.
03h05 : après avoir franchi la voie ferrée, nous recueillons un caddie isolé. Pendant un moment nous pensons qu’il fera partie de l’aventure nocturne. C’était sans compter avec la RN7 que nous avons dû enjamber pour cause de non correspondance du plan Google Earth avec la réalité du terrain.
C’est d’ailleurs à ce moment – pendant que nous jouons notre vie sur une course de 40m avec un risque de collision à 90km/h ( sans compter les excès de vitesse ) – que l’on mesure l’importance d’une des figure centrales du paysage nocturne : l’infrastructure. En effet, contrairement à l’homogénéité de l’état diurne, la vacuité que génère l’état nocturne met en évidence de nouvelles centralités. Ces centralités sont exacerbées d’une part par leur localisation spatiale, concentrée, spécialisée (à l’inverse de la centralité diurne qui elle est diffuse, mouvante et indifférenciée), et de l’autre par l’étendue physique de la vacuité que dessine la nuit entre ces centres. Dans cette configuration insulaire, dont l’échelle transcende le simple territoire Francilien, des « ponts » de flux sont lancés, franchissant l’étendue obscure entre ces îles de lumière, les entourant de leurs entrelacs de bitume et d’acier. Cette infrastructure brouille la réalité des distances, de kilométriques elles deviennent horaires. Dans cette toile faite de flux de points et de vides, le jour fonctionnel est préparé. Les denrées que l’on retrouvera le lendemain dans nos supermarchés ou chez nos restaurateurs ont été approvisionnées durant cette nuit insulaire. Cette configuration révèle une inversion de l’urbanité de jour basée essentiellement sur l’espace public vers une urbanité de nuit se calquant en négatif dans un espace localisé privé et spécialisé.
03h40 : Petit intermède où en plein accès de désespoir nous coursons un groupe de lapins le long de la RN7. Désespérés, nous le sommes de voir Rungis de moins en moins accessible derrière les boucles et les échangeurs. Et comme pour donner toute sa solennité au moment, une plaque nous indique que nous venons de passer du Val de Marne en Essonne. Juste de quoi mettre notre périple au diapason du territoire.
04h00 : Reprise d’espoir avec la découverte des hangars de DHL grouillants d’activité en contrebas de la RN7. De la lumière, des éclats de voix, le ballet des transpalettes et des caristes augurent (du moins nous le pensons) notre arrivée prochaine à Rungis.
La suite dans les prochains jours…
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Classé dans : Groupe 04 (A. Ibnolmobarak / M. Rhein / F. Carrot / G. Richaud) | Mots-clefs: atlas, exploration, nuit
Frontière
A quelques centaines de mètres de l’aéroport d’Orly, 1h16
Si, de jour, trouver une coupure nette et précise entre ce qui est la ville et ce qui ne l’est plus peut paraitre quelque-peu compliqué, l’opération semble nettement plus aisée la nuit tombée.
En sortant du parc d’activités jouxtant l’aéroport, nous nous souvenons subitement à quoi ressemble une nuit noire (pas celle sous un réverbère où tout -du pavé mouillé aux arrêts de bus en passant par le matraquage publicitaire- est source de lumière) et combien, vue de l’extérieur, la ville peut ressembler à un petit ilot d’urbanité, intimidé par l’obscurité omniprésente.
Enfermés dehors
Nulle part, 1h17
Non contents d’être au milieu de nulle part (dans l’obscurité qui plus est, hors de la ville), ce grillage semble vouloir nous interdire un quelconque retour à la cité et son animation (entendons ici une animation réduite à son expression la plus fondamentale : un lampadaire allumé).
Peu importe le fait que ce soit l’aéroport d’Orly qui se dresse devant nous, ces lumières témoignent d’un sentiment, récurent tout au long de ce périple, que la nuit accentue les contrastes… et scelle les frontières.
Et vice et versa
En arrivant vers Orly-Ville, 1h26
Une photo qui pourrait à elle-seule résumer le dialogue un peu « Je t’aime moi non plus » qui existe souvent entre centre et banlieue.
Ici, donc, nous éclairons l’éclairage public (au cas où cela ne serait pas clair, nous avons pris en photo au flash un plot censé éclairer un chemin… ici rigoureusement éteint). Comme si, à l’instar d’un Paris intramuros inondé de lumière, on ne jugeait pas nécessaire d’illuminer l’entièreté des zones périphériques.
Vie
Sur la route, 3h48
Quand on vient d’engloutir plusieurs kilomètres le long d’une voie rapide désertée par quoi que ce fût (si ce n’est quelques voitures aux conducteurs invisibles et deux-trois lapins farouches), dans le froid, la soif et l’I-Phone (qui est, Dieu merci, muni de Google Earth), apercevoir de la lumière et surtout du mouvement humain est, quoi qu’on en pense et si sauvage soit-on, réconfortant.
Séparé de la léthargie ambiante par un simple grillage, nous observons quelques instants ces entrepôts et l’intense activité qui semble s’y dérouler. Cela ferait presque penser à une scène de cinéma, à la caverne d’un Ali Baba des Banlieues… Nous regardons par le trou de la serrure (A cette distance, les grandes baies des camions se prêtent bien à la métaphore) ces lieux imbibés d’une lumière chaleureuse, en songeant à tous les trésors qu’ils peuvent bien renfermer.
Divaguer, s’évader sur des entrepôts DHL à quelques pas de Rungis en plein mois de novembre… Comme quoi la nuit, tout est décidément possible.
Mort
Quelque part vers Rungis, 3h55

Revenant sur nos pas, aux abords de la ville de Rungis, ce paysage nous interpelle. D’ordinaire bouillonnant, fourmillant de mouvement et de vie, ces lignes de chemin de fer sont, à cette heure tardive, désespérément inanimées, privées de leur raison d’être.
Au loin des lumières, et ce sentiment persistant ; celui d’être relégué au piquet de l’urbanité, déconnecté de toute activité.
The Clash
Marché de Rungis, 4h53
Le marché de Rungis semble, pour le débutant en la matière, totalement irréel, absurde.
Nous avons arpenté une gare, de la ville, des zones industrielles, nous avons longé des routes et des chemins de fer durant quelques heures qui ressemblèrent à des nuits entières, coursé des lapins, trainé un chariot vide et, subitement, en franchissant un pont, nous nous retrouvons dans une zone où l’horloge n’a visiblement plus ses droits, où tout n’est que mouvement, vrombissement des poids lourds, bruits de pas, dialogues, fumée de cigarette, odeurs de poissons (frais, ainsi soit-il), ainsi qu’encore une foultitude de stimuli aussi anodins qu’incroyables au cœur de cette nuit.
Bière
Marché de Rungis, 4h56

Le plus surprenant reste encore peut-être de tomber, au hasard de ce balai pour camions, sur une brasserie franchement anachronique (à nos yeux et de prime abord, en tout cas), tout en cuir et au zinc chaleureux. Que dire en y rentrant, « bonsoir » ou « bonjour » ?
Dans ce déboussolement général, c’est donc tout naturellement que nous commandons chacun une bière, histoire de commencer (ou de finir, c’est au choix) la journée comme il se doit.





























