Atlas nocturne / Paris Métropole Sud


1ère exploration: Disneyland
janvier 12, 2009, 2:25
Classé dans : Groupe 11, I.LUMINET

J’ai choisi pour ma première exploration de me rendre au parc de Disneyland pour observer le contraste de fréquentation entre le jour et la nuit. J’étais accompagnée par ma soeur, l’exploration nocturne seule en banlieue n’étant pas conseillée.

Je suis partie à 23h40 de Stalingrad, empruntant le métro pour arriver à Châtelet. Nous y rencontrons à cette heure-ci des personnes rentrant du travail ainsi que d’autres partant faire la fête. L’ambiance est calme, le métro est aussi bien peuplé de gens seuls semblant finir leur journée que de jeunes fêtards. L’arrivée d’un couple sexagénaire habillé vraisemblablement pour sortir me surprend, la population étant d’habitude plus jeune.

Minuit, j’arrive à Châtelet. La police fait des rondes. Nous ne sommes pas seules à attendre le RER en direction de Marne-la-Vallée. Je me demande alors qui sont ces gens: des banlieusards qui rentrent chez eux après leur journée de travail ou bien des touristes rentrant à l’hôtel? Dans le RER, plus on avance, plus les groupes de jeunes semblant rentrer de soirées se font rares. Il reste en majorité des adultes seuls, qui semblent pour la plupart de première ou seconde génération immigrée. La forte concentration de cette population, semblant rentrer d’un travail aux horaires tardifs, m’étonne. La plupart d’entre eux descendent à Val d’Europe.

Nous arrivons à Marne-la-Vallée à 00h40 où nous croisons des agents d’entretien ou de sécurité. Nous sortons de la gare et arrivons alors dans un monde de lumières et de sons divers, contrastant avec le calme habituel de la nuit. Les enseignes lumineuses et les annonces sonores nous souhaitent la bienvenue, nous guident vers des restaurants, des bars, une discothèque. La ballade dans Disney Village ne semble pas réelle, les néons et les boules lumineuses nous aveuglent presque, la musique sortant des enceintes engendrent une ambiance étrange, totalement différente du résultat qu’elles donnent le jour. En effet, le peu de personnes présentes (quelques touristes, des vigiles et les employés des restaurants ouverts) entraîne une absence d’anonymat, on se sent surveillés et cette voix sortant des hauts parleurs et énumérant les activités présentes dans le Disney Village semble s’adresser à nous directement. La musique, faite pour animer un lieu habituellement peuplé, nous renvoie ici à notre solitude et crée un manque. Le point d’information nous révèle, par son rideau en fer fermé, que les questions ne sont plus attendues à cette heure.

Nous nous dirigeons alors un peu plus loin, vers les hôtels. Une frontière semble avoir été franchie sans même que nous ne nous en rendions compte. Il n’y a plus aucun bruit, la lumière n’est plus omniprésente et nous ne rencontrons personne. On pourrait penser que cette situation serait moins rassurante mais, en réalité, sachant que l’endroit est clos et surveillé, le manque de repères lumineux et sonores n’est pas angoissant.

Nous retournons vers le centre du Disney Village et constatons que le peu de touristes présents 20 minutes auparavant sont partis, ayant vraisemblablement pris le dernier RER. Il reste cependant quelques clients réfugiés au chaud dans les restaurants prêts à fermer. La discothèque, elle, ne semble pas très fréquentée.

Je décide d’aller parler au vigile posté à l’entrée du village, qui dispose d’un petit abri fermé où il est protégé du froid. Nous parlons peu, il lit pour s’occuper, me conseille de m’adresser au vigile du parc de Disney. Nous suivons donc son conseil. Là encore, une frontière est franchie, cette fois-ci marquée par les enseignes nous remerciant de notre visite. Le parc est plus calme. Nous arrivons devant les portes, le vigile sort et nous demande si nous rentrons à l’hôtel. Je lui explique alors le but de ma visite et il se fait un plaisir de me donner des renseignements, nous avouant que cela occupe son temps. Il travaille de 23h à 8h. Il est là pour surveiller les allers et venues des touristes, qui ne doivent pas trop traîner autour du parc après 2h. Seuls les clients de l’hôtel peuvent rentrer dans le parc (il nous laissera cependant visiter l’intérieur). Il nous explique que l’installation du noctilien est assez récente et que, encore peu de temps auparavant, les gens devaient attendre 5h du matin pour rentrer dans le centre de Paris. Il est donc souvent arrivé que des gens, venus pour aller à la discothèque, s’y retrouvent bloqués jusqu’à 5h même s’ils auraient souhaité en partir plus tôt, le seul transport possible dans cet intervalle étant la voiture. La discothèque étant apparemment peu appréciée, ce cas de figure arrivait régulièrement. Depuis, les gens demandent souvent à se réchauffer dans l’hôtel en attendant le prochain noctilien.

Par curiosité, je lui demande si la musique du parc est laissée toute la nuit. Il acquiesce et critique alors le gâchis d’électricité que produit Disney, laissant la musique et les lumières allumées toute la nuit alors que le parc n’est plus fréquenté.

Il est 1h30, nous partons visiter la partie ouverte du parc, séparée de la partie fermée par l’hôtel. La musique n’est pas audible d’ici et les lampadaires sont éparpillés, ce qui contraste avec le Disney Village. Le seul bruit alentours est celui des fontaines, autre gâchis apparent. Nous arrivons vers les caisses où se trouve habituellement une longue file de touristes. A ce moment-là, les seuls « touristes » que nous rencontrons sont des lapins. Nous empruntons les couloirs perpendiculaires aux caisses, étrangement calmes et sombres et nous entrons ensuite dans l’hôtel. Pour nous accueillir, la chaleur, la lumière et la musique, accompagnée par un aspirateur, sont au rendez-vous, les offices d’accueil ayant été, à cette heure-ci, désertés par le personnel. Ce luxueux hôtel est sûrement le lieu du parc gaspillant le plus d’énergie. Il n’y a plus aucun client, la seule personne que nous voyons est l’agent d’entretien. Cependant, les innombrables lumières sont allumées, la musique tourne, la télévision est en marche et il n’y a personne pour la regarder. Nous prenons notre temps pour visiter et profiter de la chaleur, absente depuis le début de l’exploration. Un employé de l’hôtel nous fait comprendre que les visiteurs ne sont pas les bienvenus à cette heure. Nous retournons donc dans le froid et, après avoir remercié le vigile, allons rejoindre le noctilien.

Deux personnes attendent à l’arrêt, nous nous demandons s’il s’agit d’employés de Disney. Le lampadaire déficient contraste avec les néons omniprésents une centaine de mètres plus loin. L’ambiance est presque sinistre. Les seuls véhicules que l’on voit sont des véhicules d’entretien.

Le froid devient presque insupportable. Le noctilien arrive enfin. Il n’y a qu’une seule personne à bord. Nous apprécions la chaleur accueillante. Durant le trajet, la plupart des personnes qui montent connaissent celles déjà à l’intérieur et semblent avoir une place attitrée. Les lumières nous servent de repère spatial, plus on se rapproche du centre, plus les infrastructures lumineuses sont présentes. Les limitations de vitesse semblent peu respectées à cette heure.

Lorsque nous arrivons à République à 3h40, le froid, la faim, la soif et l’envie d’aller aux toilettes deviennent de moins en moins supportables. Un homme descend aussi et nous conseille de prendre le deuxième noctilien pour retourner vers Stalingrad. A République, nous retrouvons une activité plus importante. La plupart des vitrines sont allumées. Je me demande alors si la publicité est rentable la nuit, étant donné que ces magasins continuent de payer l’électricité pour être identifiables même à cette heure. Les piétons et les voitures sont plus nombreux. En attendant le noctilien, l’homme nous raconte qu’il habite en banlieue et qu’il tient un restaurant dans le centre de Paris. Nous nous étonnons qu’il commence ce travail si tôt le matin, il nous explique que tous ses plats sont faits maison. Il fait donc partie des habitués de la nuit, et s’exclame: « On voit de tout la nuit, vers gare de l’Est à cette heure il y a tous les poivrots! »

Le noctilien arrive, on retrouve le mélange de personnes observé au début de l’exploration, les travailleurs et les fêtards. Dans la rue, nous ne croisons que très peu de personnes. Nous arrivons à 4h15 en ayant l’impression d’avoir passé la plupart de notre temps dans le noctilien: deux heures pour rentrer, au lieu de 50minutes à l’aller.

Cette exploration m’a permis de constater que lorsque la nuit est tombée, le rapport que nous avons à l’espace-temps change. Les distances semblent presque rallonger car si l’on n’a pas accès à une voiture, il semble plus difficile d’atteindre un point éloigné du centre de Paris. En effet, se déplacer en noctilien prend beaucoup plus de temps qu’en voiture ou en métro pendant la journée. Si les distances paraissent allongées, le temps et le ressenti que l’on en a changent aussi. Ainsi, il ne semble pas passer à la même vitesse que pendant la journée, il paraît passer plus lentement. Les gens que j’ai croisé semblaient eux aussi vivre ce temps de manière différente. Si pendant la journée, les personnes que l’on croise sont toujours pressées, courant d’une activité à l’autre, il semble au contraire que pendant la nuit, elles disposent de plus de temps, les activités étant beaucoup moins nombreuses. Les gens prennent donc le temps de parler, les rapports humains ne sont pas les mêmes que pendant la journée. Les rencontres sont plus rares la nuit, ce qui crée presque des liens entre les passants qui partagent ce temps particulier et qui ne sont pas ennemis mais se retrouvent dans ce moment plus intime, où l’on ne peut guère faire autre chose que se parler. Les quelques personnes ayant une activité dans les heures de la nuit prennent malgré tout le temps de parler, le contact est plus facile qu’avec les travailleurs diurnes. L’espace et le temps semblent donc plus étendus.

On croise deux types de population dans ces heures: celle qui sort pour faire la fête ou qui rentre de soirée et celle qui travaille. Le contraste entre ces deux types d’activités est assez surprenant.

La population nocturne est rassemblée par le manque d’activité mais aussi par une gamme de ressentis commune. En effet, tous ont le même problème de transport, mais aussi un sentiment d’insécurité dû au manque de lumière. Les lieux sombres la nuit sont peu fréquentés, ils représentent le danger et l’insécurité. Les endroits lumineux entraînent une sorte d’attirance.

Les ressentis pendant la nuit sont accentués. Ainsi, le froid, la soif et la faim sont exagérés car on ne peut que difficilement les assouvir, la plupart des restaurants ou boutiques étant fermés, les lieux chauds sont peu nombreux.

Enfin, j’ai pu constater une dépendance plus importante aux autres. En effet, partir seule s’avérait difficile. Il a fallut attendre la disponibilité de ma soeur mais aussi la mienne, qui ne sont pas faciles à coordonner étant données nos différentes activités diurnes.

carte du trajet

carte du trajet

carte des ressentis à l'aller

carte des ressentis à l'aller

carte des ressentis au retour

carte des ressentis au retour

Disney Village nous souhaite la bienvenue

Disney Village nous souhaite la bienvenue

abondance de lumière

abondance de lumière

45 Encore quelques touristes aux restaurants

00:45 Encore quelques touristes aux restaurants

Plus d'information à cette heure

Plus d'information à cette heure

une discothèque peu fréquentée

une discothèque peu fréquentée

des vitrines allumées...

des vitrines allumées...

...et plus personne pour les apprécier

...et plus personne pour les apprécier

le côté hôtels de Disney Village, plus calme

le côté hôtels de Disney Village, plus calme

Retour dans le centre de Disney Village...vide

01:00 Retour dans le centre de Disney Village...vide

Les restaurants ne sont plus fréquentés que par les employés

Les restaurants ne sont plus fréquentés que par les employés

Passage d'une frontière visible

Passage d'une frontière visible

Entrée du parc Disney, plus sobre, moins adaptée à la nuit

Entrée du parc Disney, plus sobre, moins adaptée à la nuit

Des couloirs habituellement surpeuplés

Des couloirs habituellement surpeuplés

L'hôtel du parc, surchargé de lumières

L'hôtel du parc, surchargé de lumières

Des offices d'accueil vides...

Des offices d'accueil vides...

Des canapés spectateurs exclusifs de la télévision

Des canapés spectateurs exclusifs de la télévision

30 Arrêts de noctilien vides

02:30 Arrêts de noctilien vides

Contraste entre la nuit sombre et la pollution lumineuse plus loin

Contraste entre la nuit sombre et la pollution lumineuse plus loin

Dans le centre de Paris, les vitrines continuent leur publicité

Dans le centre de Paris, les vitrines continuent leur publicité

Rue de Buci dévisagée, habituellement surpeuplée de gens et de devantures de magasins

Rue de Buci dévisagée, habituellement surpeuplée de gens et de devantures de magasins



Deuxième exploration: analyse Gare de Lyon
janvier 12, 2009, 2:20
Classé dans : Groupe 11, I.LUMINET

Lors de ma deuxième exploration, mon but était de parler au plus grand nombre de personnes possibles, dans des endroits tels que les arrêts de noctilien se trouvant à la Gare de Lyon, point où se croisent beaucoup de gens venant de banlieue vers Paris (pour sortir) ainsi que des gens rentrant en banlieue, après une soirée ou après leur travail. J’ai pu de nouveau constater que deux types de population se croisent pendant la nuit : les travailleurs et les fêtards. Mon observation s’est basée sur les besoins premiers que peuvent ressentir ces personnes. Les sensations les plus souvent évoquées par ces usagers de la nuit étaient le froid, la faim et la soif.

J’ai pu me rendre compte que les envies ou les besoins évoqués évoluent au fil de la nuit. Ainsi, au début de mon exploration, vers 1h du matin, la majorité des personnes interrogées auraient souhaité des boissons alcoolisées. Au milieu de la nuit, vers 3h du matin, les rares personnes rencontrées étaient en majorité des travailleurs bavards, habitués à discuter avec des personnes qui font le même trajet qu’eux ou des personnes inconnues. En attendant le noctilien, ils se font un plaisir de bavarder avec d’autres personnes, à propos de leur métier… Vers 5h du matin, j’ai croisé toutes sortes de personnes, certains travailleurs qui auraient bien bu un café de plus pour se réveiller, des fêtards qui, pour la plupart, avaient faim ou d’autres encore, toujours dans l’euphorie de leur soirée, me demandaient si je n’avais pas de l’alcool.

A la suite de cette exploration, une idée simple m’est venue. Les gens, lorsqu’il fait nuit, évoquent souvent la nourriture, la chaleur, des boissons (chaudes ou alcoolisées…), et ont l’air plus enclins à parler, à passer du temps avec des inconnus, juste pour pouvoir bavarder, tuer le temps pendant qu’ils attendent leur noctilien. J’ai donc pensé mettre en place une camionnette « snack » répondant à ces besoins. Ce serait donc un « événement mobile », traversant plusieurs banlieues et s’arrêtant aux gares desservies par au moins un noctilien. Ainsi, en plus d’offrir la chaleur des boissons il offrirait de la chaleur humaine, car le but serait aussi de prendre le temps de discuter avec les potentiels usagers qui le souhaiteraient et d’apporter une présence aux personnes peu rassurées la nuit. Le profit qui en serait tiré permettrait d’offrir ces denrées aux personnes sans logis qui se présenteraient. Ce projet aurait donc, à très petite échelle, un enjeu économique (est-ce rentable ?), un enjeu social (en apportant de la compagnie et une présence) et politique (distribuer des denrées aux personnes sans logis).




Troisième exploration: action en banlieue
janvier 12, 2009, 2:15
Classé dans : Groupe 11, I.LUMINET

Mon projet de camionnette « snack » ne pouvant être réalisé pour plusieurs problèmes de logistique, j’ai décidé d’aller directement proposer l’idée aux personnes que je rencontrerai, en leur demandant s’ils seraient clients ou non. J’ai tout de même emporté des sandwiches et plusieurs thermos de thé et de café pour voir si, même réalisé de la manière la plus simple, cette proposition pouvait ou non être un succès. Je suis donc partie en voiture, accompagnée de deux amies, pour aller à la rencontre des habitants de banlieue qui se trouveraient aux arrêts de noctilien où nous allions nous arrêter. Nous nous sommes dans un premier temps dirigées vers Marne-la-Vallée, l’arrêt de noctilien se trouvant à côté de Disney Village.

Mais le projet que j’avais imaginé s’est vite confronté à la réalité. En effet, après un départ assez encourageant à Marne-la-Vallée, où quelques sandwiches et boissons chaudes ont trouvé preneurs parmi des touristes attendant le noctilien après avoir quitté Disney Village, notre enthousiasme diminuera au fur et à mesure du trajet. Le plus grand nombre de personnes que nous avons croisées sont des travailleurs qui quittent de manière régulière leur emploi tard dans la nuit. Ils ont donc déjà leurs habitudes, sachant qu’ils devront faire face à la faim, au froid, à la soif à un moment où rien ne sera ouvert. Ils ont donc déjà tous prévu de quoi manger, éventuellement un thermos ou une bouteille d’eau, et se sont habillés chaudement. De plus, il est même difficile de croiser ces travailleurs car, connaissant les horaires de noctilien, ils ne s’attardent pas et attendent en général moins de 10 minutes. Pour ajouter à notre désarroi, à partir de 2h30 du matin, toutes les gares où nous avons marqué un arrêt étaient désertes, sans doute à cause du froid intense. Les seules personnes avec qui ma proposition a marché étaient donc des touristes s’étant attardés à Disney Village.

J’ai réalisé que mon erreur avait été de faire mon observation à partir du centre de Paris où les activités, plus présentes, permettent de rencontrer plus de monde. Je n’ai pas réalisé qu’il y aurait sans doute beaucoup moins de gens en plein cœur de la nuit et avec un temps glacial dans une banlieue plutôt calme et résidentielle. J’ai aussi pu constater une différence entre une proposition hypothétique, souvent bien accueillie, et la mise en place réelle du projet, finalement moins utilisée que prévu. Cependant, une personne travaillant à Disney m’a affirmé qu’un soir de week-end ma proposition aurait sans doute un grand succès parmi les touristes et un aurait fait un « bon business ».

En conclusion, l’échec de mon projet m’a permis de mieux comprendre l’utilisation de la nuit. En banlieue, les rares personnes que l’on rencontre sont des habitués qui prévoit ce qu’il faut pour subvenir à leurs besoins. Ils ne sont donc pas intéressés par une proposition telle que la mienne. Pour les non habitués, cette proposition a besoin de médiatisation, de publicité pour marcher. Ils ne vont pas à sa rencontre sinon. Il faut aussi savoir choisir une bonne situation: un climat plus chaud, une banlieue moins familiale, un jour de weekend, … auraient peut être donné plus de résultat.

L’échec de mon projet m’a permis de réaliser plusieurs choses relatives à l’utilisation de la nuit. Ainsi, cet échec est dû à deux paramètres que je n’avais pas pris en compte et qui m’ont permis de me poser plusieurs questions relatives à l’usage que l’on fait de la nuit. Dans un premier temps, les personnes habituées à sortir, pour différentes raisons, tard la nuit savent déjà ce qu’elles vont rencontrer comme envies, besoins… et se sont donc en général déjà préparées pour cela. Elles ont déjà une sorte de connaissance de la nuit. Dans un second temps, les gens qui ont choisi d’habiter dans une banlieue résidentielle, en général des familles, savent que rien n’est ouvert pendant la nuit. Cependant, ils ont choisi d’être là. Ce sont donc des personnes qui ont sans doute aussi pris leurs habitudes et ne sortent pas la nuit, n’ayant rien à faire dehors, surtout par un temps froid. Croiser ces gens au hasard était donc impossible. Pour pouvoir les croiser, il faut donc créer un événement mais il faut surtout faire savoir que cet événement va avoir lieu. En effet, si, pendant la journée, on « improvise » un événement, il y a déjà un public potentiel qui se trouve parmi les piétons et qui peut être va s’arrêter. Mais, la nuit, il est impossible de compter là-dessus. Si l’on crée un événement de nuit destiné à d’autres personnes qu’aux « usagers réguliers » de la nuit, il faut pouvoir faire une publicité de jour.

Cependant, la création d’un événement de nuit n’est-ce pas transformer la nuit en une sorte de jour obscur? En effet, le « public » attiré par un événement se déroulant la nuit, viendrait-il si ce n’était pas un événement, c’est-à-dire si, par exemple, les œuvres exposées lors de la Nuit Blanche étaient exposées pendant toute l’année? Est-ce que toutes les personnes qui sont venues lors de l’événement de la Nuit Blanche viendrait voir ces mêmes œuvres si l’événement n’existait plus et qu’il devenait une banalité, une habitude? De plus, la question suivante se pose: s’il ne se passe rien dans certaines banlieues, est-ce parce qu’il n’y a rien? Ou bien est-ce parce qu’il n’y a rien que les gens vont s’y installer? Les habitants de Torcy par exemple, ne sortent-ils pas la nuit parce qu’il n’y a rien ou bien n’y a-t-il rien la nuit parce que personne ne serait intéressé? La question est de savoir si on ne croise quasiment personne parce qu’il ne se passe rien ou s’il ne se passe rien parce qu’il n’y a personne.

Quand aux gens habitués de la nuit, qui n’ont pas été non plus réceptif à ce que je proposais, souhaiteraient-ils réellement qu’il se passe plus de choses en banlieue la nuit? Ne prennent-ils pas, fêtards comme travailleurs, leurs dispositions pour s’adapter?

De plus, créer un événement la nuit, transformer la nuit en jour, où tout est accessible, où tout est simple, est-ce vraiment ce que l’on souhaite? En effet, la fascination et l’intérêt que l’on porte actuellement à la nuit ne sont-ils pas dus au fait que, par les manques qui se font plus ressentir que pendant le jour, elle devient un territoire de marginalisation, de non-respect des normes mais elle apporte aussi un sentiment de liberté. La nuit et le jour sont deux territoires distincts. Le rapport à la ville, à son architecture n’est pas le même la nuit, on se forge des cartes différentes, on a des endroits où l’on va la nuit et où l’on va le jour, et ce ne sont pas les mêmes. Se balader la nuit, c’est redécouvrir sa ville, une autre ville. En faire une deuxième journée la rendrait-elle aussi attrayante?

Arrêt de noctilien de Disney peuplé de touristes potentiellement "clients" du projet

Arrêt de noctilien de Disney peuplé de touristes potentiellement "clients" du projet

un "bonjour" peu accueillant

Station service de Bussy St Georges: un "bonjour" peu accueillant

Gare de Torcy...vide

Gare de Torcy...vide

Ici, pas de clients potentiels à mon projet...

Ici, pas de clients potentiels à mon projet...

Un désert désespérant

Un désert désespérant

Les lieux éclairés ne sont pas toujours les plus rassurants...

Les lieux éclairés ne sont pas toujours les plus rassurants...

Gare de Noisiel vide, l'enthousiasme se perd petit à petit

Gare de Noisiel vide, l'enthousiasme se perd petit à petit

Des enseignes destinées à des utilisateurs nocturnes absents

Des enseignes destinées à des utilisateurs nocturnes absents

Une lumière peu rassurante

Une lumière peu rassurante

Un fontaine toujours en marche, seul mouvement alentours

Un fontaine toujours en marche, seul mouvement alentours

Gare de Noisy le Grand vide

Gare de Noisy le Grand vide

Les utilisateurs de noctilien ont déserté

Les utilisateurs de noctilien ont déserté