Atlas nocturne / Paris Métropole Sud


Le Dépan’heure (F. Boily / E. Critchley-Caron)
janvier 9, 2009, 1:01
Classé dans : Les halles de nuit. (F. Boily / E. Critchley-Caron)

Le Dépan’heure



Les Halles de nuit (F. Boily / E. Critchley-Caron)
novembre 27, 2008, 5:03
Classé dans : Les halles de nuit. (F. Boily / E. Critchley-Caron) | Mots-clefs:

 

Expédition nocturne #2 La première exploration s’étant avérée plus complexe qu’escomptée quant aux déplacements à effectuer durant la nuit, il nous apparaissait plus pertinent cette fois-ci de vivre davantage la nuit à l’extérieur, comme piétons, et moins à l’intérieur d’un Noctilien comme la dernière fois, bien que cette expérience nous ait permis de voir un plus grand paysage nocturne en périphérie. Donc pour cette seconde expérience, le fait de se déplacer par nos propres moyens nous permettait de gagner du temps, dans la mesure où lors de la précédente expédition, la majorité de l’expérience nocturne fut une course vers le bon noctilien à prendre. Il nous paraissait donc important que cette nouvelle excursion soit distincte de la première, pour en tirer des conclusions diverses et avoir un éventail plus élargie d’impressions nocturnes, mais cette excursion devait tout de même suivre la continuité de ce que nous avions observé au marché Rungis. ( L’intensité et la multitude des activités, le contraste entre un dense noyau de mobilités entourée d’une ville endormie, éteinte, la multitude de gens absolument actifs, pour qui la nuit n’est pas tellement différente du jour, etc. ). Dans cette optique, parce qu’en plus nous ne connaissons pas si bien le Paris nocturne, nous avons préféré ciblé un parcours plus central qui assurerait le lien entre divers endroits, soit les lieux parisiens ouverts 24heures sur 24. Donc, un second aperçu sur une réelle activité nocturne, pratiquée toutefois par différents acteurs, dans des lieux plus centraux et aussi, selon un nouvel horaire, puisque notre parcours couvrirait cette fois les heures que nous n’avions pas vécu la dernière fois (celles qui tendent davantage vers le lever du jour que la tombée de la nuit).

Ainsi, nous avions ciblé l’Hôpital St-Antoine, croyant y retrouver une panoplie de gens, un personnel affolé courant un peu partout dans les corridors, comme c’est toujours le cas dans les centres hospitaliers de Montréal, en plein milieu de la nuit. Et pourtant, rien… Nous voulions ressentir la même hâte que nous avions été étonnés de remarquer à Rungis et qui nous avait pratiquement réveillés…en vain. Un établissement plutôt imposant dans l’arrondissement, qui occupe un îlot entier, et dont la plupart des étages étaient absolument déserts. Un seul infirmier croisé et des gardes de sécurité qui placotaient à l’entrée, sans toutefois jamais nous demander ce que nous venions faire, à se demander s’ils assuraient vraiment une quelconque sécurité dans l’hôpital. Donc, une déception devant ces paliers dépeuplés, dénués de toute action. La destination suivante était une pharmacie ouverte 24 heures , près de la place Félix Éboué, mais une seconde déception survint puisque qu’elle était éteinte, sans vie. Toutefois, avant de se diriger vers les halles où nous avions répertorié d’autres lieux ouverts durant la nuit, un fourmillement de gens et de camions attira notre attention. Il s’agissait en fait de la préparation pour le marché qui débutait vers 8 heures. C’était là la preuve qu’à l’approche de 5 heures, la ville commençait à s’éveiller. Là résidait peut-être après tout le nouvel objectif de notre excursion, puisque les lieux à priori agités ou du moins ouverts que nous avions voulu observer nous larguaient.

Les autres lieux répertoriés se situaient près de Châtelet-les-Halles, l’un d’entre eux étant un tabac situé sur la rue St-Denis, évidemment fermé et l’autre, un bistrot sur la rue Montmartre, qui s’avéra à être le seul établissement se prétendant ouvert 24 heures et l’étant vraiment! Toutefois, il ne s’affichait pas particulièrement ; l’endroit était plus ou moins bien éclairé, plus ou moins affiché, mais surtout, les tables longeant la vitrine étaient surmontées de chaises, laissant presque croire qu’il était fermé. Pourtant, ce ‘bistrot de l’urbain bucolique’ abritait quelques clients, cachés derrière ses chaises obstruant la vue. Il était maintenant plus de 5 heures et nous assistions maintenant au réveil de la ville, à la redensification de ce centre, avec tous ces cafés et boulangeries qui s’allumaient peu à peu, ces supermarchés qui finissaient de s’approvisionner, ce personnel de la ville qui continuaient leur boulot, ces livreurs de journaux qui achevaient leur parcours…

Il semblait toutefois très étonnant pour nous de retrouver si peu d’activités nocturnes dans ce périmètre puisqu’il s’agit tout de même du centre de la métropole. Nous nous serions attendus à plus d’agitations, plus de gens, plus d’attractions. Car outre ces commerces qui ouvraient peu à peu leurs portes, il semblait bien que quelques heures avant, toutes les rues étaient désertes. Certes, vers deux heures, il y avait sans doute les gens qui sortaient des bars, mais qu’en est-il de cet intervalle entre la sortie des bars et l’éveil de la ville ? Il est évident que certains arrondissements ne sont pas voués à une activité continuelle, même la nuit, mais Châtelet-les-Halles nous apparaissaient à nous, étrangers, un périmètre où il y aurait, peu importe l’heure, une certaine mobilité ou certaines activités. Et pourtant.. Nous l’avons perçu comme lorsque nous étions en plein centre du parking, près de Rungis, seuls dans un grand désert vide. Cette situation semblait adéquate pour un territoire situé en périphérie du centre, mais en son centre même, Paris devrait-il être dénué de la sorte ? Il s’agit pratiquement d’un non-sens, d’autant plus que ce périmètre, ou plus spécifiquement les Halles, comptent parmi le jour, plus de 800 000 visiteurs qui transitent de la banlieue vers la ville, de la ville vers la banlieue, faisant d’elle la plus grande gare de Paris. Pourquoi cette si forte densité de mobilités et d’activités devient-elle absolument nulle durant la nuit? D’autant plus que ce site était naturellement imprégné d’une activité continuelle, 24 heures sur 24, depuis des siècles, puisqu’il était l’ancien site du marché international, marché qui s’est relocalisé en 1969 vers Val-de-Marne, où se situe actuellement le marché Rungis.

C’est dans cette découverte que nos deux explorations nocturnes se trouvent liées, sans le savoir, et qu’il nous paraît important de traiter de cet écho qui pourraient exister entre la périphérie et le centre de Paris, dans la mesure où, historiquement, l’ancien site de Châtelet-les-Halles et l’actuel territoire du marché Rungis, sont unis. Les Halles étaient, comme l’évoquait Émile Zola, le ventre de Paris, sa requalification dans les années 70 en a plutôt fait un cœur. Son ventre étant désormais en banlieue, qu’en est-il de ce cœur qui, la nuit, cesse de battre, pendant qu’en périphérie, l’activité bat son plein ?

 

 

Commentaires Fermés